par Moritz HUNSMANN, sociologue au CNRS / EHESS
Point – route, résultats exploratoires du GISCOP 84.
Le GISCOP 84 est un groupement scientifique qui mène depuis 2016 une recherche-action sur les cancers d’origine professionnelle dans le Vaucluse et les départements voisins, auquel participe Phyto-Victimes
Il est né d’un constat empirique de médecins de l’hôpital d’Avignon sur une augmentation du nombre de patients atteints de cancers du sang, un rajeunissement des malades au diagnostic, et le fait que ceux-ci travaillaient dans des secteurs à forte présence de cancérogènes.  
Le GISCOP 84 a ainsi rassemblé une équipe pluridisciplinaire avec des professionnels de santé, des chercheurs en sciences sociales et des experts comme Antoine Lambert et Ophélie Robineau de Phyto-Victimes autour d’une recherche collective fondée sur la reconstitution des parcours professionnels des patients.
Le groupe s’est focalisé sur les cancers hématologiques, connus pour leurs liens avec l’exposition (professionnelle) à des toxiques (pesticides, radioactivité, benzène, poussières de bois, etc.). Malgré cela, les personnes atteintes de ces cancers sont rarement reconnues en maladie professionnelle (MP): alors qu’elles représentent environ 10% des nouveaux cas de cancers en France, les hémopathies représentaient moins de 2 % des cancers reconnus MP. 
Les objectifs du groupe sont :
– Améliorer la connaissance expositions professionnelles et environnementales aux cancérogènes 
– Faciliter l’accès au droit à la reconnaissance en maladie professionnelle et étudier les obstacles et inégalités d’accès à ce droit
– Prévenir les expositions grâce à la connaissance des activités exposantes 
– Éclairer les dynamiques d’invisibilisation des risques liés au travail et à l’environnement et les inégalités sociales de santé qui en résultent
Ainsi, à l’hôpital d’Avignon, un entretien approfondi par un.e sociologue est proposé aux malades pour reconstituer leur parcours professionnel détaillé. Ensuite un collectif d’experts identifie et caractérise les expositions aux cancérogènes des patients (durée, intensité, probabilité d’exposition, etc.). Ce compte-rendu d’expertise permet au médecin de conseiller aux patients de demander la reconnaissance en maladie professionnelle ou non, suivant leur exposition, leur santé et leurs chances raisonnables d’aboutir. 
Plus de 120 patients ont été inclus dans cette recherche, dont les parcours professionnels sont variés (agriculture, BTP, nucléaire, métallurgie, nettoyage). 77 % des patients dont on a expertisé le parcours ont été poly-exposés dans leur travail à des cancérogènes avérés, dont 63 % à 3 cancérogènes ou plus. 
Cette action conjointe a des résultats importants. Ainsi, en 2015, 31 cancers du sang étaient reconnus en maladie professionnelle sur tableau dans toute la France (plus quelques cas hors tableaux). En 2017-2018, sur le seul Vaucluse, il y a eu 17 reconnaissances de cancers du sang en maladie professionnelle en 14 mois. 
Table ronde 1 du Salon Santé, Travail Pesticides, 25 mai 2019, Fontaines (71)
Pesticides et santé, les connaissances actuelles