Par Isabelle BALDI, professeure à Inserm, Université Bordeaux 2

Historiquement, la perspective initiale sur les pesticides a été positive lors de leur apparition après la seconde Guerre Mondiale : ils étaient vus comme un moyen d’améliorer les récoltes agricoles. Ce n’est que dans les années 1960 aux Etats-Unis, avec la publication par Rachel Carson du printemps silencieux (1962), que la préoccupation a émergé sur les pesticides, mais d’abord du point de vue de la protection de la faune et de l’environnement. L’aspect santé humaine n’apparaissait pas préoccupant au départ.
Les premières interrogations sont venues en constatant des effets à courts termes des pesticides organophosphorés, lorsque les personnes avaient des malaises en revenant des champs. Les premières études des effets des pesticides sur la santé ont été menées aux Etats-Unis et en Scandinavie dans les années 1980.
Des études sur les maladies spécifiques des agriculteurs et agricultrices ont été menées. Elles ont conclu que les agriculteurs étaient moins sujets à certains cancers (poumons, vessie) grâce à des habitudes de vie différentes de la population générale (alimentation, tabagisme moindre, activité physique plus importante). Mais elles ont aussi conclu que les agriculteurs avaient davantage de cancers du sang et du cerveau notamment.
À partir de ce moment, l’objectif de la recherche a été de connaître l’exposition des personnes et les suivis de cohortes d’agriculteurs (Etats-Unis, Agrican en France avec plus de 180 000 participants suivis depuis 2005) a apporté des éléments précieux.
Le rapport de l’INSERM en 2013 est le fruit d’une expertise collective : reprise de toutes les études qui existaient pour avoir un niveau de preuve par maladies. Elles ont été classées en niveau de preuve fort, modéré, faible, suivant le lien plus ou moins établi avec l’exposition aux pesticides.
Fort : lymphome non hodgkiniens, myélome, cancer de la prostate, Parkinson, malformations congénitales, leucémie enfant, tumeurs cérébrales chez les enfants.
Moyen : leucémies, Alzheimer, morts fœtales
Faible : Hodgkin, cancer des testicules, tumeurs cérébrales, mélanome, anxiété / dépression, maladie de Charcot (SLA), troubles du neurodéveloppement
Ce bilan fait l’objet d’une remise à jour en 2019, avec l’apparition en particulier des cancers du rein et de la vessie dans cette classification.
Le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer), lié à l’OMS, a réalisé ses propres études en ne se basant pas sur les maladies mais sur les substances (comme le glyphosate). Mais seules 60 substances ont été évaluées, alors que plus de 1000 substances sont mises sur le marché aujourd’hui.
La recherche est parfois incriminée pour sa lenteur. Sans avoir toutes les réponses mais avec déjà des éléments probants, des actions de prévention par rapport à l’exposition des personnes peuvent déjà être mises en place.
Aujourd’hui, la recherche s’oriente vers de nouveaux enjeux : les nanoparticules dans les pesticides, les impacts sur les femmes (les hommes ont été beaucoup plus étudiés), les impacts sur les personnes qui sont au contact des plantes (qui récoltent, nettoient…), ainsi que sur les maladies respiratoires, immunologiques, endocrinologiques pour lesquelles les données manquent.
Table ronde 1 du Salon Santé, Travail Pesticides, 25 mai 2019, Fontaines (71)
Pesticides et santé, les connaissances actuelles