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Risques sanitaires

Plus de 40 cas d’agriculteurs ou salariés agricoles (données MSA) ont obtenu la reconnaissance en maladie professionnelles du fait d’une exposition aux pesticides : Parkinson, LNH, leucémie, myélome etc. sont autant de pathologies qui peuvent être en lien avec une exposition aigue ou chronique aux pesticides.


Exposition professionnelle
Les principales sources d’expositions professionnelles sont multiples selon l’étape dans la manipulation des produits, comme cela a été montré par l’étude française PESTEXPO http://www.grecan.org/pestexpo.html , mais celle-ci se fait principalement pendant : l’application mécanisée du produit, l’application manuelle du produit, la préparation du produit, l’intervention sur les cultures après le traitement, l’intervention à proximité d’un traitement en cours, la manipulation de semences traitées, le nettoyage du matériel ou de l’Equipement de Protection Individuel (EPI), et le stockage/déstockage.
Vis à vis de ces expositions, les études de risque, prévues pour tester la dangerosité des pesticides, s’avèreraient insuffisantes pour vous protéger. Des valeurs limites d’exposition (VLE) pour les activités professionnelles ont été fixées mais elle ne couvre que peu de substances. La liste (http://www.inrs.fr/INRS-PUB/inrs01.nsf/IntranetObject-accesParReference/ED%20984/$File/ed984.pdf ) de ces limites, fournie par l’Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS), montre qu’une cinquantaine de pesticides sont couverts, mais parmi ceux-ci nombreux sont ceux qui sont interdits, laissant ceux sur le marché sans VLE et donc sans normes d’exposition.

Un point sur les Equipements de Protection Individuel (EPI)
L’emploi de gants, de masques ou de vêtements de protection, regroupés sous le terme générique d’équipements de protection individuelle (EPI) est évidemment recommandé lors de l’application des pesticides. Le souci est que de récentes études réalisées dans le cadre de l’AFSSET ont montré que ces EPI ne sont pas toujours fiables (http://www.anses.fr/ET/DocumentsET/11_rapport_saisineN_2007_AC018_2010janvier12.pdf ). La campagne de contrôle conduite en 2009 par le ministère du travail et l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset), suite à une alerte donnée en 2007 par deux chercheurs, l’a montré de façon alarmante (http://www.journaldelenvironnement.net/article/risque-chimique-90-des-vetements-de-protection-non-conformes,12461). L’AFSSET a également montré que les classes de protection ne reflétaient pas leur efficacité réelle, appelant à réviser les normes pour ces combinaisons. Autre constat similaire : les cabines de tracteur « étanches » ne seraient en réalité pas totalement hermétiques aux pesticides, selon une autre étude conduite par le Cemagref : « Toutes les cabines étaient polluées », affirme Sonia Grimbuhler du Cemagref.

Intoxications aiguës
L’exposition aux pesticides peut prendre la forme de différents symptômes : irritations oculaire, nasale et de la gorge ; nausée, vomissements ; irritation de la peau, démangeaisons ; faiblesse musculaire, tremblements ; maux de tête ; troubles de la vision ; maux de ventre, diarrhées, et ; fièvre et bouffées de chaleur.
En 2004 les symptômes les plus rapportés au réseau de toxicovigilance de la MSA , Phyt’attitude se présentaient comme suit :

59% de maux de tête
25% d’irritations cutanées
23% de maux de ventre et nausées
14% de problèmes aux yeux
12% de faiblesse musculaires
11% de problèmes respiratoires
9% de problèmes ORL

Chaque appelant indiquait la présence moyenne de 2 symptômes en même temps.
Parmi les 200 dossiers enregistrés par Phyt’attitude en 2004, 58% ont nécessité une intervention médicale et 22% une hospitalisation. cependant, ce réseau ne couvre que les utilisateurs professionnels et certains, habitués à ressentir ces symptômes qui peuvent leur paraître bénins, ne rapportent pas forcément ces problèmes de santé. Il est donc important de préciser qu’en aucun cas ces symptômes, s’ils se répètent, ne sont anodins, et qu’il convient de faire un suivi médical régulier.
Les emballages des pesticides doivent porter les mentions du risque spécifique à chaque substance.

Pathologies chroniques
De nombreuses pathologies sont associées à l’exposition aux pesticides. Dans la littérature, un certain nombre de cancers sont particulièrement associés aux pesticides sur la base de modèles animaux et cellulaires mais aussi sur le terrain via des études épidémiologiques. Ainsi l’équipe de Bordeaux a mis en évidence un risque plus élevé chez les agriculteurs pour certains cancers (l’étude méta-analytique est disponible sur le site de l’Institut National de Médecine Agricole – INMA http://www.inma.fr/telechar/Telechargement_Doc/revue_prat/40-RDPspec-10_baldi.pdf ). Ce n’est pas un hasard étant donné que l’exposition professionnelle aux insecticides non-arsénicaux est classée par le Centre International de Recherche sur le Cancer (http://www.iarc.fr/ ) comme cancérogène probable (catégorie 2A) notamment pour le cerveau, le poumon, les leucémies et les lymphomes.

Au delà de cette analyse de terrain, de nombreuses publications scientifiques (ayant un comité de lecture de validation) indiquent une association possible entre certaines pathologies et l’exposition aux pesticides, ainsi que détaillé ci-dessous. A l’heure actuelle, les évaluations des risques dus à l’exposition aux pesticides ne sont pas complètes car elles ne prennent pas en compte les effets de l’exposition aux cocktails de pesticides. Ces effets peuvent néanmoins être additifs, voire multiplicatifs, comme le montrent dans ce document (http://www.mdrgf.org/victime/pdf/effets_synergiques.pdf ) les recherches qui ont été effectuées.
Il est important de noter que les études qui analysent l’association entre une pathologie et l’exposition à certains pesticides montrent une augmentation relative du risque de développer telle ou telle pathologie.

En conséquence, il est nécessaire d’appliquer le principe de précaution et donc de stopper l’exposition aux substances les plus DANGEREUSES.
Retrouvez d’autres études sur : http://pesticides-etudes.blogspot.com/

Problèmes respiratoires et allergies
Les phrases de risques indiquent que les pesticides peuvent être irritants pour les voies respiratoires. Peu d’études se sont penchées sur ces problèmes qui peuvent être assimilés à d’autres causes. Néanmoins, une étude  faite dans une zone proche des cultures de pommes dans le limousin montre une augmentation des consultations médicales pour des problèmes ORL par rapport à des zones où il n’y a pas de telles cultures. http://www.bdsp.ehesp.fr/Base/Scripts/ShowA.bs?bqRef=237945

Cancers
Les données scientifiques ont établi une association significative entre l’exposition aux pesticides et les cancers du sein, de la prostate, des testicules, des ovaires, du cerveau, les lymphomes et les leucémies. Une synthèse très intéressante a été publiée en 2007 mettant en garde essentiellement les utilisateurs professionnels, et qui s’intituel Cancers et pesticides : données actuelles; http://www.john-libbey-eurotext.fr/fr/revues/medecine/bdc/e-docs/00/04/28/52/article.phtml , parue dans le Bulletin du Cancer. Volume 94, Numéro 1, 15-22, de Janvier 2007.

Prostate
En France, c’est le cancer qui a la plus grande incidence à l’heure actuelle avec 62 000 nouveaux cas détectés chaque année, et celle ci a été multipliée quasiment par 6 depuis 1980 (l’incidence totale de tous les cancers n’a elle que doublé). Il existe des disparités géographiques à l’échelle de la planète mais les plus fort taux sont retrouvés dans les pays industrialisés. La mortalité liée est assez faible compte tenu de l’incidence mais ce sont en France 9 000 personnes qui en sont décédées en 2005.
Les facteurs déclencheurs sont peu connus mais il est estimé que seulement 5 à 10% des cas seraient provoqués par une hérédité génétique. Il y aurait donc une forte influence des habitudes de vie et du comportement ainsi que des polluants divers. Tout comme le cancer du sein, ce type de cancer serait sous influence des niveaux hormonaux, notamment lors d’étapes cruciales durant le développement et donc très tôt dans la vie d’un individu. Son incidence est recensée comme étant proche de celle du cancer du sein et il ne serait pas surprenant qu’ils en partagent des facteurs communs.

Un certain nombre d’études scientifiques associant l’exposition aux pesticides et l’incidence du cancer de la prostate ont été publiées au cours des dernières années. A titre d’exemple, beaucoup d’études sur l’exposition professionnelle montrent une augmentation de l’incidence et/ou de la mortalité du cancer de la prostate parmi les populations d’agriculteurs et de professionnels des pesticides (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7).
Récemment le professeur Belpomme a mis en évidence, par une analyse épidémiologique (1), un lien de causalité entre l’exposition aux pesticides et le cancer de la prostate.
Cette étude montre que le cancer de la prostate tel qu’observé aux Antilles françaises est déclenché par une contamination de l’environnement par les pesticides organochlorés. Il a été suggéré auparavant que les facteurs de prédispositions génétiques étaient prédominants dans l’incidence des cancers de la prostate (avec 152 nouveaux cas pour 100 000 personnes, un des taux les plus élevés au monde). Cependant, une analyse comparative avec les autres états des Caraïbes a exclu cette hypothèse. La contamination importante des sols et des ressources en eau des Antilles due à l’utilisation de pesticides dans les plantations de bananes a donc été suspectée et validée par cette étude. Il est à noter que des taux extrêmement élevés de pesticides organochlorés avaient déjà été détectés dans le sang des populations en 1972 (DDT, DDE, alpha, beta et gammaHCH, aldrine and dieldrine). Ainsi il est suggéré que l’exposition prolongée aux pesticides organochlorés joueraient un rôle dans l’étiologie des cancers de la prostate( résumé complet de l’étude http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/19287960ordinalpos=1%26itool=Email.EmailReport.Pubmed_ReportSelector.Pubmed_RVDocSum).
De plus, une étude in vitro a montré une prolifération des cellules cancéreuses humaines de la prostate suite à leur exposition à plusieurs pesticides organochlorés, un pyréthroide et un fongicide par le biais des cellules sensibles aux hormones androgéniques (8).

Pancréas
Le cancer du pancréas est une maladie qui peut être rapidement fatale. Des études avaient associé ce cancer avec les pesticides organochlorés comme le DDT sans que d’autres pesticides couramment utilisés ne soient étudiés à leur tour. Une nouvelle étude, réalisée sur une population de 89 000 professionnels et de leurs épouses dans l’Iowa et la Caroline du Nord, montre un excès de risque pour 2 pesticides que sont la pendiméthaline (excès de risque d’un facteur 3 et homologué pour des usages en France) et l’EPTC (excès de risque d’un facteur 2,56 et n’est pas homologué en France) (résumé de l’étude an anglais http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/19142867?dopt=abstractplus )

* Une étude  de 2009 qui a analysé les ventes de pesticides dans différentes parties du Brésil et les taux de mortalité par cancer une décennie plus tard a montré une corrélation significative pour plusieurs cancers dont le cancer du pancréas http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/18838335?ordinalpos=&itool=EntrezSystem2.PEntrez.Pubmed.Pubmed_ResultsPanel.SmartSearch&log$=citationsensor ;
* Une étude  finlandaise a montré un risque accru d’un facteur 6 pour les jardiniers professionnels de développer un cancer du pancréas http://www3.interscience.wiley.com/journal/114080385/abstract ;
* Une étude de 2007 identifiant les facteurs de risque pour le cancer du pancréas en Egypte a montré une augmentation du risque d’un facteur 2,5 pour les individus exposés aux pesticides http://www3.interscience.wiley.com/journal/76505753/abstract ;
* Une étude du National Cancer Institute de 2001 a montré une augmentation du risque d’un facteur 1,5 et 1,6 pour les expositions aux fongicides et aux herbicides respectivement http://www3.interscience.wiley.com/journal/76505753/abstract;
* Une étude cas-contrôle  en Espagne a montré que l’exposition professionnelle aux pesticides augmentait le risque de cancer du pancréas d’un facteur 3 http://annhyg.oxfordjournals.org/cgi/reprint/44/5/391 ;
* Une étude  de 1999 sur les pilotes d’aéronefs pulvérisateurs de pesticides a montré un accroissement du risque significativement élevé de développer un cancer du pancréas http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/10398932 ;
* Une étude  cas-contrôle professionnelle en Finlande a montré que l’exposition aux pesticides engendrait un risque accru de développer le cancer du pancréas d’un facteur 1,7 http://www.jstor.org/pss/3702120 ; et,
* Une étude  de 1993 a montré chez des agriculteurs italiens que le risque de développer un cancer du pancréas était significativement plus élevé chez ceux qui avaient plus de 10 années d’expérience dans le métier http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/8153589?ordinalpos=&itool=EntrezSystem2.PEntrez.Pubmed.Pubmed_ResultsPanel.SmartSearch&log$=citationsensor .

Sein
Le cancer du sein, malgré les sommes dépensées pour la recherche, continue de progresser et il représente, en France, le 2ème cancer en nombre de nouveaux cas annuels détectés (50 000 nouveaux cas en 2005, le premier étant le cancer de la prostate avec 62 000 nouveaux cas). Son incidence a progressé régulièrement (en France elle a plus que doublé depuis 1980 et touche à l’échelle mondiale 1,1 millions de femmes) dans les pays les plus industrialisés depuis les années 40, et pourrait correspondre avec l’avènement des substances chimiques synthétiques dans notre quotidien. Ce lien a pu être établi par l’observation de son incidence en Asie où l’utilisation ubiquitaire de substances synthétique est venue beaucoup plus tard dans les années 70 et où l’incidence du cancer du sein s’est accélérée seulement après. La détection précoce et la recherche thérapeutique ont néanmoins fait diminuer la mortalité liée à cette fatalité, mais en France ce sont malgré tout 11 200 femmes qui en sont mortes en 2005.
Le cancer du sein se développe sous l’influence de nombreux facteurs mais une grande proportion reste à l’heure actuelle inexpliquée par les facteurs incriminés, i.e. génétiques, habitudes et comportements. 1 cancer sur 10 aurait une origine purement génétique alors que la moitié de ceux ci ne peuvent pas être associé à un facteur connu. Les scientifiques pensent de plus en plus que c’est un type de cancer qui peut être largement influencé par les niveaux hormonaux. Et donc toute substance qui modifierait ces équilibres physiologiques peut-être incriminée. Les substances cancérigènes ne sont pas exclues. Les variations géographiques de cette maladie et les recherches en laboratoire pointent de plus en plus vers des facteurs environnementaux.

Des dizaines de références scientifiques ont étudié les liens possibles entre l’exposition aux pesticides et le cancer du sein. C’est le cas pour le DDT et le dieldrine, qui ont été interdits à la fin des années 70 aux Etats-Unis ainsi que dans d’autres pays. Ces substances s’accumulent dans les cellules lipidiques (graisseuses), comme celles du sein, où elles persistent pendant des décennies.

Le DDT et le dieldrine montrent in vitro mais aussi sur les modèles animaux comme le rat (12) une stimulation des cellules mammaires via l’activation des récepteurs aux hormones oestrogéniques. Il est à noter que le produit de dégradation du DDT, le DDE, n’est pas oestrogénique mais plutôt anti-androgénique (et donc bloque les hormones mâles comme la testostérone). Néanmoins, plusieurs autres études au cours des années 80 ont montré des niveaux de DDE assez élevé dans les cellules mammaires de femmes qui avaient le cancer. Ces études ont déclenché des études plus larges sur les liens entre le cancer du sein et les résidus de pesticides organochlorés dans le sang et le sein. La littérature a révélé un mélange d’études positives et négatives sans que l’on puisse expliquer les différences de résultats (11).

Il est possible que certaines femmes soient plus sensibles aux pesticides organochlorés du fait d’une susceptibilité génétique et seraient donc plus à risque lors d’une exposition à ces substances, alors que d’autres sont moins sensibles (12). Cette différence pourrait expliquer les résultats discordants de certaines études, mais ces facteurs de susceptibilité, si ils existent, n’ont pas encore été identifiés. En plus de cela, le moment de l’exposition (par rapport au développement physiologiques ou en phase de gestation) pourrait être critique tout comme ça l’est pour l’exposition aux radiations. Les études qui ont mesuré les niveaux d’organochlorés chez les femmes adultes (dans la quarantaine) ont probablement mésestimé l’exposition de celles ci pendant leur enfance. Une étude a exploré cet historique d’exposition et a montré une association forte, statistiquement significative, entre le cancer du sein et les niveaux les plus élevés en DDT, mais seulement pour les femmes qui avaient été exposées au DDT avant l’âge de 15 ans. Cela démontre à nouveau l’importance du moment d’exposition (13).
Le dieldrine, un “contaminant” qui n’était pas mesuré dans les études sur le DDT, pourrait être le chainon manquant dans le cas du cancer du sein. 2 études danoises ont trouvé une association significative entre le dieldrine et le risque de cancer du sein, qui incluait une forme plus agressive de cancer et une mortalité plus forte chez les femmes avec les niveaux les plus élevés de dieldrine (14,15). Cette étude était méthodologiquement irréprochable et donc les résultats en étaient robustes. Cependant, une étude d’envergure à Long Island (dans l’état de New York) n’a pas montré d’association entre les niveaux sanguins de dieldrine et le risque de cancer du sein (13). La situation globale apparaît donc confuse et toutes ces études mériteraient d’être approfondies.
D’autres études ont cherché une association entre le cancer du sein et les pesticides.
Une étude fait le lien entre cancer du sein et l’exposition aux herbicides organochlorés, notamment les triazines (16). Pour cette étude l’exposition a été évaluée en fonction de la contamination de l’eau, de la production de mais et des données d’utilisation des pesticides, ce qui a permis de classer différentes zones selon leurs degrés d’exposition (faible, moyen et élevé). L’analyse statistique a pris en compte de l’âge, de l’origine ethnique, de la classe socio-économique et du niveau d’éducation. Les résultats ont montré une augmentation significative du risque de développer un cancer du sein dans les zones d’exposition aux triazines moyenne et élevée [risque accru d'un facteur 1.14 et 1.2, respectivement]. Ces résultats suggèrent donc une association entre les triazines et le risque de cancer du sein (résumé http://www.ehponline.org/docs/1997/105-11/kettles.html complet de l’étude).

Livre de Merriel Watts
Dans son ouvrage sur le cancer du sein et les pesticides, Meriel Watts (Pesticides & Breast Cancer – a Wake up call – ISBN 9789679381320) détaille pourquoi les pesticides peuvent être des facteurs pour le cancer du sein. Ce sont des cancérigènes pour les glandes mammaires (induisent des mutations), des promoteurs des tumeurs (induisent la prolifération cellulaire), des sensibilisateurs des glandes mammaires (rendent les glandes plus sensibles aux effets des cancérigènes), des immuno-modulateurs (affectent les défenses naturelles), des perturbateurs de la communication inter-cellulaire, et des perturbateurs endocriniens (miment les hormones, bloquent les récepteurs hormonaux, accroissent le nombre de récepteur hormonaux, bloquent les transporteurs hormonaux sanguins, interfèrent avec le métabolisme hormonal, activent les enzymes qui produisent les hormones).
Une association américaine (la Breast Cancer Fund http://www.breastcancerfund.org/ ) propose une liste des pesticides qui ont été caractérisés comme pouvant avoir une incidence sur le développement du cancer du sein. Cette liste est disponible sur le document PDF en lien ici http://www.breastcancerfund.org/atf/cf/%7bDE68F7B2-5F6A-4B57-9794-AFE5D27A3CFF%7d/Pesticides%20and%20Breast%20Cancer_SOE08.pdf .

Testicules
C’est un cancer hormono-dépendant qui est en augmentation qui est donc intimement lié aux perturbateurs endocriniens qui miment les fonctions oestrogéniques et androgéniques. Il n’y a pas eu d’études spécifiques sur l’exposition aux pesticides et ce type de cancer. Globalement, il existe des liens avec les malformations congénitales observées chez les enfants.

Ovaires
En 2005 il y a eu 4 500 nouveaux cas.
Une étude italienne a comparé 69 femmes ayant un cancer des ovaires avec des femmes de la même région. Il en a résulté que les femmes qui avaient un cancer avaient rapporté, avec une fréquence de réponse accrue d’un facteur 2,7, qu’elles avaient été surement exposées aux pesticides (17). Les triazines sont une famille d’herbicides à laquelle font partie l’atrazine, la simazine et la cyanazine. Bien que l’atrazine n’ait pas montré de cancérogénicité sur les modèles animaux il a été montré qu’elle interfère avec le cycle ovarien en perturbant les hormones de l’hypophyse qui régule la fonction ovarienne. Des porcs traités avec des doses assez basses d’atrazine ont développé de multiples kystes folliculaires des ovaires, caractéristiques d’une stimulation anormale des tissus ovariens. (18). Cette étude laisse donc supposer une association avec le cancer des ovaires via une modulation hormonale.

Tumeurs cérébrales
Les agriculteurs ont un risque accru de développer un cancer du cerveau en comparaison avec la population générale (19). Une meta-analyse de 33 études publiées entre 1981 et 1996 a montré un risque accru de 30% pour les agriculteurs de développer ce type de cancer (20). Certains scientifiques ont émis l’hypothèse que cette augmentation de risque pouvait être liée à l’exposition aux pesticides (21). Les agriculteurs sont néanmoins exposés à plusieurs autres facteurs de risque comme les poussières, les animaux et leurs virus, et les produits de la pétrochimie, et il a donc été difficile de faire le « tri » parmi ces facteurs (22). Certaines études ont essayé de lever ces difficultés en se focalisant sur les employés qui pulvérisent les pesticides et ont trouvé une augmentation du risque de développer un cancer du cerveau, montrant ainsi que les pesticides pourraient être suspectés (19). Certains pesticides contiennent des alkyles uréiques – précurseurs des N-nitroso alkyles uréiques – connus pour être des cancérogènes neurologiques puissants sur des modèles animaux (23). D’autres substances sont connues pour initier des tumeurs cérébrales: les aryles diialkyltriazines, qui sont apparentés à certains pesticides courants et l’oxyde d’éthylène qui est utilisé pour stériliser les équipements médicaux et de fumigeant pour certains processus industriels.

Lymphomes non Hodgkiniens
Dans la littérature scientifique il ressort que 22 études sur 26 observent une augmentation du risque de lymphome avec l’exposition aux pesticides (dont 12 études significatives), la plupart d’entre elles étant axées sur l’exposition professionnelle. En terme de risque, une étude de cohorte sur 155 000 agriculteurs aux Etats-Unis présente un risque accru d’un facteur 2 de développer une lymphome non hodgkinien. Les études qui se sont penchées sur des substances spécifiques ont mis en évidence une augmentation du risque avec: les herbicides phenoxy (notamment 2,4-D et MCPA), insecticides OrganoPhosphorés et chlorophénoliques, le dicamba et le mecoprop, ainsi que le glyphosate.
Une étude de l’INSERM a été publiée en novembre 2008 sur les différentes formes de lymphomes (24). Il en ressort que des soupçons (et donc non significatifs statistiquement) ont été identifiés en ce qui concerne la relation lymphome non hodgkinien et les insecticides organochlorés et organophophorés, les fongicides carbamates et les herbicides triazines.
Une étude française très récente (juin 2009) a mis en évidence le mécanisme biochimique et un marqueur biologique du processus de développement d’un lymphome chez les agriculteurs exposés aux pesticides (27).
Etats-Unis, Iowa / femmes d’agriculteurs -> risque accru 1,9 (25)

Lymphomes Hodgkiniens
En 2005, 10 000 nouveaux cas ont été répertoriés en France.
Dans la littérature scientifique il ressort que 22 études sur 26 observent une augmentation du risque de lymphome avec l’exposition aux pesticides (dont 12 études significatives), dont la plupart sont basées sur l’exposition professionnelle.
Sur un échantillon de la population française (couvrant 6 centres de soins) une association positive entre lymphome hodgkinien et exposition professionnelle aux herbicides triazoles et uréiques a été montrée avec une augmentation du risque d’un facteur 8.4 et 10.8 respectivement (24).

Leucémies
En 2005, 6 300 nouveaux cas ont été répertoriés en France (touchant un peu plus les hommes que les femmes) mais se caractérisent par différentes formes selon les cellules sanguines impliquées : lymphoïdes et myéloïdes chroniques ou lymphoblastique et myeloblastique aigues.
Sur un échantillon de la population française (couvrant 6 centres de soins) l’exposition aux insecticides, fongicides et herbicides a été associée à une augmentation du risque (OR) d’un facteur 3 de développer un myélome multiple (OR = 2.8, 3.2, 2.9 respectivement). Pour la sous-catégorie des syndromes lymphoprolifératifs, une association a été observée seulement pour la leucémie à tricholeucocytes (hairy cells leukemia) avec l’exposition aux insecticides organochlorés et les herbicides phenoxy et triazines (OR = 4.9, 4.1, 5.1 respectivement) (24).
Italie / employés horticultures et leurs enfants -> risque accru (26)

Références Voir la liste des références

Troubles neurologiques
L’exposition aux pesticides pourrait engendrer différentes atteintes du système neurologique telles que Parkinson, Alzheimer, voire l’autisme. En Octobre 2006, un agriculteur a obtenu la reconnaissance de sa maladie de Parkinson comme maladie professionnelle.

Parkinson
Une toute nouvelle étude de 2009 vient montrer que l’exposition aux pesticides Manèbe et/ou Paraquat par l’environnement (dans les 500m de la zone d’utilisation) augmente en moyenne de 75% le risque de développer la maladie de parkinson chez les personnes exposées. Le risque est maximum chez les sujets exposés jeunes chez qui le risque est multiplié par 2.27 suite à l’exposition à un de ces deux pesticides ou multiplié par 4.17 en cas d’exposition aux deux pesticides (1).
Etats-Unis / agriculteurs (hommes et femmes) -> risque accru 2,15 pour les hommes et 2,43 pour les femmes (2)

Autres troubles neurologiques
Des résultats préliminaires à une étude de plus grande ampleur sur les risques neurologiques liés à l’exposition aux pesticides ont été dévoilés par le Centre de Recherche sur l’énergie et l’environnement (Energy & Environmental Research Center – EERC) de l’Université du Nord Dakota aux États-Unis. Pendant la première année d’étude, les tests sur des rats ont montré que l’exposition aux pesticides induisait une modification des zones du cerveau qui intervenaient aussi dans la Sclérose en Plaque. Cette exposition détruisait aussi les mêmes zones du cerveau que celles associées à l’épilepsie, à la maladie de Parkinson et d’Alzheimer. De plus les pesticides montraient une activité de destruction sévère du système gastro-intestinal et causer des perturbations neurologiques. Les chercheurs ont indiqués que le mode d’exposition le plus probable dans cette zone agricole assez intense se faisait par l’air. Ces impacts neurologiques se feraient aussi à des concentrations assez basses.

Références
1- L’étude complète http://aje.oxfordjournals.org/cgi/content/abstract/169/8/919
2- Dana B Hancock, Eden R Martin, Gregory M Mayhew, Jeffrey M Stajich, Rita Jewett, Mark A Stacy, Burton L Scott, Jeffery M Vance and William K Scott, Pesticide exposure and risk of Parkinson’s disease: A family-based case-control study, BMC Neurology 2008, 8:6

Perturbation des systèmes hormonaux
L’effet de perturbation endocrinienne est important car il est à la source de nombreuses pathologies immédiates ou qui se manifesteront plus tard au cours de la vie.
L’effet de perturbation endocrinienne est important car elle est à la source de nombreuses pathologies, notamment pour les cancers hormono-dépendants (cancer du sein, de la prostate, des testicules, des ovaires, de la thyroïde,…) mais aussi des troubles des organes reproducteurs (étant à l’origine de problèmes de fertilité en ce qui concerne les oestrogènes et androgènes) voire même de l’obésité, et des troubles du développement du cerveau (étant à l’origine de troubles psychomoteurs et de l’apprentissage en ce qui concerne la thyroïde).
L’équilibre hormonal est très fragile et l’on ne connaît pas l’effet cocktail du à l’exposition simultanée à plusieurs substances sur cet équilibre, mais il est reconnu, par exemple, que ces perturbateurs interagissent avec certaines thérapies anti-cancer qui visent elles aussi les récepteurs aux hormones (surtout le cancer du sein traité avec des molécules analogues aux œstrogènes et de la prostate traité par des substances anti-androgéniques). Ci- dessous vous trouverez une liste de pesticides dont les effets hormonaux ont été identifiés en laboratoire.

FOCUS SUR LA THYROIDE
Peu d’études se sont penchées sur ce système hormonal en lien avec les pesticides. Une chercheuse du CHU de Nice, le Docteur Françoise Brucker-Davis a pourtant fait une revue de la littérature en 1998 qui donne un aperçu intéressant (allant même au delà des pesticides). Un résumé de cette étude est disponible.
Une étude plus récente a étudié les effets du Manèbe (voir son statut dans le tableau ci-dessous) sur les lapins, notamment vis-à-vis de la perturbation thyroïdienne, avec des doses proches des doses employées en agriculture. Il en résulte une augmentation du poids des animaux, associée à une augmentation des indicateurs biologiques tels que le cholestérol, les tryglicérides et l’hyperglycémie. Ces effets sont bien documentés comme étant une manifestation du dérèglement de la thyroïde, notamment en inhibant la sécrétion de l’hormone Thyroxine. Cette substance a été classée par des chercheurs comme étant « goïtrogénique ». L’étude complète est disponible en français.
Voir Tableau ( pdf Tableau_McKinlay.pdf) de synthèse des pesticides identifiés comme perturbateur hormonal dans la littérature scientifique, d’après R. McKinlay, J.A. Plant, J.N.B. Bell, N. Voulvoulis , Endocrine disrupting pesticides: Implications for risk assessment, Environment International 34 (2008) 168–183

Autres troubles
D’autres troubles sont référencés dans la littérature scientifique. il s’agit de:
- troubles cardiaques: la cardiopathie ischémique a été associée par une étude américaine http://www.ehponline.org/docs/2005/8352/abstract.html à l’exposition aux herbicides « chlorophénoxys », dont le plus célèbre représentant est le 2,4-D, qui a suivi la mortalité due à cette pathologie dans les régions de cultures du blé.
- troubles de l’équilibre (ou ataxie): ceux-ci sont crées par une atteinte neurologique et peut donc être provoquée par certains insecticides, comme les pyréthrinoïdes (cyperméthrine, etc…).
- troubles digestifs fonctionnels: une équipe de l’INRA de Toulouse a mis en avant que l’exposition à des faibles doses de certains pesticides (le Diquat était utilisé pour cette étude) provoquait chez l’animal des altérations morphologiques et fonctionnelles associées à ces troubles. L’info presse est reprise sur ce site (en bas de la page).

FOCUS SUR LES ENFANTS
Vos enfants ont pu être exposés indirectement par vos activités professionnelles et la contamination que vous portez sur vous. Certaines études se sont penchées particulièrement sur ce sujet et les enfants pourront présenter les mêmes pathologies, avec une prédisposition pour certains cancers http://www.mdrgf.org/victime/victime-pesticides-professionnels-etudes-enfants.html , certains troubles neurologiques et de développement. Une interdiction des substances qui peuvent être incriminées pour ces effets se montre bénéfique, comme l’atteste l’exemple d’une étude sur les paramètres de taille et de poids à la naissance, reprise dans la section développement.
Ces pathologies sont indiquées sur les emballages que vous pouvez voir avec les phrases de risque, que vous pouvez aussi consulter sur ce document PDF http://www.mdrgf.org/victime/pdf/Phrases_de_risque.pdf .

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