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Risques environnementaux

Dérives

Une récente étude scientifique, publiée dans EHP (1), montre que les pesticides agricoles utilisés dans un rayon de 1250 mètres autour d’habitations finissent par contaminer l’intérieur de ces maisons.
L’étude de Lu (2) a mis en évidence l’influence d’un verger situé à proximité de l’habitation, à la fois dans les concentrations en organophosphates des poussières de la maison et les concentrations urinaires en métabolites. La détection chez tous les sujets d’azinphos méthyl, pesticide utilisé seulement en agriculture, montre que le transport des substances depuis le site d’application constitue une source de contamination non négligeable.
Cette dispersion des phytosanitaire entraine un risque de contamination de l’eau, de l’air et des aliments et peut avoir des impacts non désirés sur la faune et la flore non ciblées.

1. Gunier RB, Ward MH, Airola M, Bell EM, Colt J, Nishioka M, et al. 2011. Determinants of Agricultural Pesticide Concentrations in Carpet Dust. Environ Health Perspect
2. Lu C, Fenske RA, Simcox NJ, Kalman D. Pesticide exposure of children in an agricultural community: evidence of household proximity to farmland and take home exposure pathways. Environ Res 2000; 84(3):290-302.

Contamination de l’eau, l’air et les aliments
Une expertise scientifique collective menée par l’INRA et le Cemagref, à la demande des ministères en charge de l’agriculture et de l’environnement en 2005, a permis de dresser un état des lieux des connaissances sur lesquelles pourraient se fonder des actions visant à réduire le niveau actuel d’utilisation des pesticides et leurs impacts environnementaux.
La synthèse de ce rapport http://www.inra.fr/content/download/5471/53335/file/pesticides-synthese.pdf précisait alors qu’il y avait une « contamination d’une proportion élevée des sites de mesure des eaux » ajoutant que […](Si ) Les dispositifs de mesures sont encore très fragmentaires pour l’air et les pluies ; ils montrent cependant déjà de réelles contaminations.».
Concernant l’alimentation, les données de la DGCCRF montrent qu’en moyenne 50% des végétaux conventionnels contiendraient des résidus de pesticides, en respectant toute fois les Limites Maximale en Résidus dans 96% des cas. A noter que d’après l’OMS, 80 % de l’exposition aux pesticides serait attribuable à l’alimentation contre 10% à l’eau (1). Un rapport publié en 1993 du National Research Council « Pesticides in the diets of infants and children » reconnaît cet apport comme source majoritaire de contamination des consommateurs.
1. Risques sanitaires liés à l’utilisation des produits phytosanitaires. Comité de la Prévention et de la Précaution. 2001.

Perte de la vie du sol
L’usage intensif des pesticides n’est pas sans conséquence sur la vie du sol. Luca Montanarella qui anime l’action Soil Data and Information Systems (SOIL) au sein du Joint Research Center de la Commission européenne explique  que les sols sont exposés à une dégradation physique (érosion ; désertification ; saturation en eau ; tassement…), chimique (acidification; salinisation; contamination par des micro-polluants, tels que les pesticides …), et biologique ( la minéralisation importante de l’humus et les changements en matière de biodiversité) due à certaines activités agricoles (mais aussi à l’industrie, l’urbanisation, la construction de routes, etc. qui jouent également un rôle important). http://ec.europa.eu/agriculture/envir/report/fr/inter_fr/report.htm Il ajoute dans cet article « qu’il existe également maints exemples de bonnes pratiques en agriculture, orientées vers la conservation des principales fonctions des sols. L’agriculture traditionnelle assurait, (…) la préservation à long terme de la fertilité des sols. Les dispositifs anti-érosion, l’intégration des substances organiques, l’assolement, etc. étaient autant de pratiques traditionnelles bien connues des agriculteurs européens … ». Ces pratiques ont parfois été ignorées aux risques d’engendrer des répercutions majeures sur la vie du sol.
Claude Bourguignon, un ancien chercheur de l’INRA, explique quant à lui que les 30 centimètres d’épaisseur en moyenne de sol (l’humus) héberge 80% de la biomasse vivante du globe. Et dans ce sol, très mince, il y a beaucoup plus d’êtres vivants que sur le reste de la surface de la terre. Le problème est que, selon ce chercheur, aujourd’hui la France perd en moyenne 40 tonnes de sol par hectare et par an. Or le sol est un milieu dont l’équilibre entre les lois physiques, chimiques et biologiques est fragile.

Pertes en biodiversité
Le texte ci-dessous fait la synthèse d’une partie du travail réalisé par l’INRA et le Cemagref sur la réduction de l’utilisation des pesticides paru en 2005 et compile d’autres études sur l’impact des pesticides sur la faune.
Comme l’indique ce rapport de l’INRA « La question des impacts des pesticides sur les écosystèmes (sous-entendu les écosystèmes associés ou connectés aux paysages agricoles), est extrêmement vaste et elle n’a quasiment jamais été abordée dans son ensemble ». L’utilisation de pesticides de synthèse aussi bien en agriculture qu’au jardin ou dans les espaces verts a un impact sur les faune et la flore à la fois direct (disparition d’animaux par ingestion directe du produit) et indirecte (ressources vitales polluées – eau ou nourriture, disparitions d’espèces entraînant une réduction des réserves en nourriture d’autres espèces…).
L’escalade chimique entraîne l’apparition de déserts biologiques, les substances rémanentes se transmettant tout au long de la chaîne alimentaire.

Quels sont les effets principaux sur la faune ?
Outre le danger de mort du à l’ingestion direct des pesticides ( exemple des oiseaux pouvant ingérer les grains enrobés du produit ) et indirect ( ingestion d’aliments eux-mêmes contaminés ), les animaux peuvent :
• Développer certaines pathologies comme des cancers
• Avoir un fonctionnement anormal de la thyroïde
• Avoir une fertilité diminuée
• Avoir une féminisation des organes reproducteurs pour les mâles
• Rencontrer une perturbation du système immunitaire

suite de la page en PDF ( risques sur les écosystèmes terrestres )

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